Le Stade 2.0, ou l’ère du « tout connecté » : retour sur la conférence Sport Numericus

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Stade 2.0, le Stade connecté
©jaiunprojetinnovant.com

 

Comme nous le constations dans l’introduction de ce site (à propos), les stades sont entrés dans une nouvelle génération  où le spectateur, à la recherche d’un confort optimisé et de nouvelles expériences, ne peut plus se contenter d’aller au stade uniquement pour voir un match ou un spectacle. Il lui faut désormais pouvoir participer, partager, interagir avec l’évènement et avec le monde. La digitalisation des évènements sportifs et l’explosion des nouvelles technologies et des réseaux sociaux mettent les professionnels du sport face à certaines problématiques :

- Comment les enceintes sportives vont-elles s’adapter aux nouvelles technologies et permettre au spectateur d’atteindre une expérience de consommation enrichie ?

- Ces nouvelles technologies peuvent-elles inciter le spectateur à privilégier le stade plutôt que l’évènement à la télévision ?

- Peuvent-elles générer de nouvelles ressources financières pour le stade / l’exploitant ?

Le 15 Novembre 2012 avait lieu au Stade de France la deuxième édition de SPORT NUMERICUS, visant à rassembler les acteurs du sport et du numérique autour de tables rondes et d’ateliers. La conférence : « Le Stade 2.0 : l’expérience du spectateur » a réuni des intervenants prestigieux afin d’aborder ces problématiques et de nous informer sur ce que seront, d’un point de vue technologique, les stades de demain. Voici ce qu’il fallait retenir des débats…

Le Stade 2.0, l’expérience du spectateur

 

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©sportnumericus.com

 

Intervenants :

- Aymeric Magne : Chef de Projet, Lagardère Unlimited Stadium Solutions
- Philippe Auroy : Directeur Général du Stade de France
- Cyril Chacar : Global Business Development Manager, Cisco Sports
- Jacques Lambert : Président du comité de Pilotage de l’Euro 2016
- Jean-François Colin : Directeur Business Development, Orange Business Services
- Yan Noblot : Chief Operations Officer Olympics & Major Events, Atos Worldline

  • Qu’est-ce que le Stade 2.0 ?

Depuis quelques mois, les évènements sportifs se digitalisent, à l’image des Jeux Olympiques de Londres 2012 (qualifiés de premiers « Socialympics ») et l’expérience de consommation du spectateur évolue naturellement.
Le « Stade 2.0 » est d’après Boris Helleu, maître de conférence : « l’idée d’un stade qui existe en dehors de l’évènement, qui prend la parole sur les réseaux sociaux et qui interagit avec ses fans ».
Fans qui, au fil du temps, ont développé de nouvelles exigences, et surtout de plus fortes. Jean-François Colin, Directeur Business Development chez Orange Business Services, confirme : « les consommateurs sont plus exigeants, plus connectés, et veulent tout tout de suite ».

L’idée de Stade 2.0 c’est justement répondre à ce besoin d’interactivité et accompagner le client durant l’intégralité de son parcours et de son expérience :

- avant l’évènement : de chez lui au stade
- durant l’évènement
- après l’évènement : après-match + retour

Plus concrètement, l’idée est d’accéder à une multitude de services via son smartphone (ou sa tablette) : connaître les conditions de circulation aux alentours de l’enceinte, accéder aux horaires des transports en commun, dématérialiser le billet sur le smartphone, être guidé jusqu’à son siège, commander une boisson, payer un sandwich, avoir accès aux ralentis et aux statistiques depuis les tribunes, noter le match, participer à des jeux, échanger sur les réseaux sociaux, avoir accès aux informations concernant les prochains évènements au stade ainsi qu’à la billetterie, bénéficier d’un contenu exclusif comme des interviews avant-match des joueurs… On peut imaginer encore de nombreuses possibilités d’améliorer le confort et l’expérience du public.

  • Quelques chiffres…

Pour comprendre ces nouveaux besoins, il convient en premier lieu de rappeler les chiffres suivants :

- Nous avons en France 69,3 millions de téléphones mobiles, dont 40% de smartphones (28 millions)

- 7,5 millions de français utilisent les réseaux sociaux via leur mobile

- Le trafic mondial des données échangées via mobile sera multiplié par 26 entre 2010 et 2015

- 8 des 25 plus gros « social landmarks facebook » (endroits où les gens se connectent le plus) sont des enceintes sportives (Staples Center de Los Angeles, Tokyo Dome City, Camp Nou de Barcelone…)

  • L’exemple Américain

Un coup d’oeil outre-Atlantique permet de prendre toute la dimension de ce que représente le stade connecté. En effet les infrastructures américaines ont bien des années d’avance à ce sujet et même si le comportement du spectateur américain est bien différent du nôtre, il est tout de même toujours inspirant de voir comment les stades US traitent le parcours client :

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Le MetLife Stadium, enceinte connectée des Giants de New York
©Adam Omanski

Le MetLife Stadium, enceinte des Giants de New York, informe ses spectateurs en direct via leur mobile des conditions de trafic sur les principaux axes menant au stade, ainsi que des conditions d’utilisation des transports en commun. Le Cowboys Stadium, au Texas (plus grand stade couvert du monde) organise durant l’évènement des Quizz sur Twitter, du style « Qui va marquer le prochain but ? ». Les gagnants apparaissent sur l’écran géant et gagnent des prix. Enfin le Barclays Center, salle omnisports située dans le quartier Brooklyn à New York, propose à ses spectateurs pas moins de 275 points d’accès WIFI et 4000 prises Ethernet !

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Le Barclays Center de New York (18103 places), antre des Brooklyn Nets

 

  • La situation des stades français

Notre pays est à des années lumières de ces avancées technologiques. Car avant de parler du « tout connecté » et d’innovations, les stades français ont un problème de fond qui est la connectivité. Pas de 3G, encore moins de WIFI, et des spectateurs qui « doivent souvent s’y reprendre à 9 fois pour envoyer un SMS », d’après Cyril Chacar, Global Business Development Manager pour Cisco Sport. Ces aberrations ne sont pas une question de volonté de la part des exploitants mais plutôt de frilosité. Connecter un stade  implique un coût conséquent et le retour sur investissement est loin d’être garanti. N’oublions pas que le panier moyen d’un spectateur du Superbowl est de 85$ quand il est d’1€08 pour un supporter du RC Lens.

Pourtant certains y travaillent ! Philippe Auroy, DG du Stade de France, promet 15 000 connexions WIFI HD simultanées à l’horizon 2013, « la vision est d’avoir 100 000 connexions simultanées au plus vite », assure même le dirigeant. L’enceinte dyonisienne organise d’ailleurs depuis 2012 son « livetweet ». À chaque évènement, et depuis une loge dédiée, deux groupes de supporters s’affrontent via Twitter de façon conviviale et tentent de fédérer un maximum de twittonautes. Ajoutez à cela le développement de la technologie NFC (en partenariat avec Orange), qui permet entre autres de passer les tourniquets avec son billet dématérialisé dans son smartphone, le Stade de France se montre actif dans sa volonté de se connecter. Mais force est de constater qu’il se sent pour le moment bien seul…

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Technologie NFC mobile sans contact. Le projet M-Stadium d’Orange permet entre autre de passer le contrôle d’accès au stade d’un geste.
©orange.com

 

  • L’exploitant

Du point de vue de l’exploitant, évoluer vers un stade connecté présente certains avantages en matière de sponsoring et peut (insistons sur le « peut ») se révéler rentable. En effet les packs de visibilité vendus aux partenaires deviendraient considérablement plus ciblés, précis et diversifiés. Cela peut permettre à une entreprise de sponsoriser un évènement précis, ou de voir son logo apparaître à un moment précis du match, sur un écran en particulier ou dans tout le stade. Le spectateur peut recevoir sur son smartphone une publicité ciblée et différente si celui-ci est en VIP ou en haut des gradins. On peut même inciter le spectateur à venir plus tôt au stade en proposant par exemple un contenu vidéo exclusif (interviews…) ou un concours de pronostics. D’après Cyril Chacar, le stade connecté peut accroître les revenus de l’exploitant mais cela « implique une réorganisation de l’offre, de l’équipe multimédia, et de la création de contenu ».

Difficile de ne pas constater que « connecter » un stade se révèle assez lourd d’un point de vue financier, logistique et organisationnel. Espérons que les opérateurs bénéficient d’outils efficaces pour calculer le plus précisément possible le retour sur investissement des exploitants (clubs, consortiums…), sans quoi il sera sans nul doute très compliqué de les convaincre.

  • Le Stade 2.0 français, futur ou fantasme ?

Nous l’avons vu, le passage à l’ère des stades connectés présente des enjeux conséquents, et bien que cela puisse générer des ressources supplémentaires pour les exploitants de ces infrastructures, il s’agit surtout de « remettre le spectateur au centre de l’évènement » (Yan Noblot, Atos). À l’heure où le taux de remplissage de nos stades s’effondre, améliorer le confort du spectateur est capital pour le faire quitter sa télévision et lui donner envie de regoûter à la convivialité unique d’un stade plein.

Mais attention, bien que le concept de Stade 2.0 soit un véritable succès dans les pays Anglo-Saxons, on peut se demander si le modèle est applicable en France, dont le comportement de consommation du public est radicalement différent. A t’on des outils fiables pour connaître le retour sur investissement d’une telle installation ? Pouvons-nous équiper les petits stades, majoritaires en France ? Va-t-on voir des stades connectés à l’Euro 2016, quand on sait que le cahier des charges de l’UEFA établi en 2009 ne prévoit rien à cet égard ?

Nous devrions observer des éléments de réponse dans les prochaines semaines. Le Grand Stade de Lille à d’ores et déjà lancé un appel à projets innovants Stade 2.0. Les lauréats de cette belle initiative seront accompagnés personnellement par des spécialistes jusqu’à la concrétisation de leur idée.

Espérons qu’à être hyper-connectés, nous n’oublierons pas de profiter du spectacle…

Retrouvez l’intégralité de la conférence Sport Numericus -> Le Stade 2.0 : l’expérience du spectateur


Le Stade 2.0 : l’expérience du spectateur par SportNumericus

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