Allianz Riviera de Nice, détails d’un projet ambitieux et éco-responsable

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L’Allianz Riviera, le nouveau Grand Stade de Nice
©allianz-riviera.fr

 

Cette année 2013 sera marquée par la concrétisation d’un projet ambitieux :  l’Allianz Riviera de Nice. Retenu pour accueillir des rencontres de l’Euro 2016, le Grand Stade est d’autant plus attendu par les supporters de l’OGC Nice qu’il est l’aboutissement d’une décennie de projets avortés. Moderne, multifonctionnel et multi-activités, l’écrin niçois sera avant tout précurseur dans l’éco-performance. La priorité est en effet d’intégrer le stade dans son environnement verdoyant de l’Éco-Vallée. Livrée pour l’été 2013, découvrons aujourd’hui les spécificités de la future enceinte niçoise.

Nice, un nouveau stade indispensable

 

  • En finir avec le stade du Ray…

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Le Stade du Ray, un stade vétuste

Cela fait plus de 10 ans que l’on pense du côté de Nice à se débarrasser du stade du Ray, un des stades les plus vétustes de Ligue 1. Édifié en 1927 et rénové successivement en 1948, 1979, 1997 et 2004, l’enceinte niçoise (dont le nom officiel est Stade Léo Lagrange) souffre d’une faible capacité d’accueil avec 17 415 places, alors même que sa ville hôte représente la cinquième commune de France avec plus d’1 million d’habitants.

Pire, le Stade du Ray n’est pas réglementaire pour évoluer en Ligue 1 et ne doit son salut qu’à une dérogation de la Ligue permettant à l’OGC Nice d’utiliser le Ray  malgré sa non-conformité. La ville s’engageant par ailleurs à livrer un nouveau stade au Gym.

  • La valse des projets

Au cours de la dernière décennie, deux tentatives de rénovation/construction on été entreprises sans succès :

- En 2002, Jacques Peyrat alors Maire de Nice choisit un projet de construction du « nouveau Ray » à l’emplacement de l’ancien. Ce projet confié à l’architecte Bruno Gaudin prévoit une enceinte de 32 000 places à l’horizon 2006 pour un coût de près de 100 millions d’euros (destruction/construction).
Cependant une vaste affaire de corruption entachant l’attribution du marché public a éclaté. Ces fraudes concernant l’appel d’offre et mêlant notamment l’ancien secrétaire général à la Mairie de Nice, l’adjoint aux sports de l’époque ainsi que des chefs d’entreprise firent exploser le projet en 2003.

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Projet « Ray 2 » (30 000 places) avorté en 2003

 

- En 2006, Jacques Peyrat (encore lui) annonce la construction d’un nouveau stade de 32 600 places pour 130 millions d’€ dans le quartier Saint-Isidore, dans la plaine du Var. Cela permettait par ailleurs à l’OGC Nice de rester dans son stade le temps des travaux (la délocalisation du club avait posé de nombreux problèmes lors du précédent projet).

Le consortium CARI-Spada, regroupement de plusieurs entreprises de BTP de la région, est chargé de construire et d’exploiter le stade par une concession de service public. Mais alors que les travaux de terrassement étaient déjà commencés, le préfet des Alpes-Maritimes fit annuler le permis de construire considérant que le marché public entre Nice et le consortium était entaché d’irrégularités (il n’indiquait pas le tarif à la charge des spectateurs). Suspension du chantier confirmé et nouvelle désillusion pour les supporters des Aiglons…

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« Grand Stade de Nice » (32 600 places), projet annulé en 2006.

 

Allianz Riviera, genèse et mise en place

 

  • Choix du projet

Le 20 Octobre 2008, le nouveau Député-Maire de Nice Christian Estrosi relance une énième fois le projet d’un nouveau stade niçois et annonce sa livraison pour Juin 2013. Il souhaite une enceinte de 35 000 / 40 000 places dans la plaine du Var, berceau de l’ancien projet avorté.

Le 11 Octobre 2010, le Maire de Nice déclare que l’entreprise Vinci Concessions du groupe Vinci a été choisie pour mener le projet à bien, associée à la Caisse des Dépôts et Consignations et à South Europe Infrastructure Equity Finance (SEIEF). Ce projet fait appel au cabinet d’architecture Wilmotte & Associés.

En Décembre 2010, le projet « Vinci Wilmotte » est confirmé après la phase de concertation publique et le permis de construire est accordé en Juillet 2011.

  • Financement et exploitation

Dès la fin de l’année 2009, la ville de Nice conseillée par le cabinet Pricewaterhousecoopers choisit le Partenariat Public Privé « plus avantageux au plan financier puisqu’il devrait permettre de réaliser une économie annuelle d’au moins 25% par rapport à une délégation de service public », d’après Christian Estrosi. Précisons que dans un PPP, l’entreprise privée conçoit, finance, construit, exploite et entretien l’infrastructure pour 30 ans en échange des revenus liés à l’exploitation ainsi que de la redevance versée par la collectivité selon un échéancier déterminé. N’oublions pas la perception de recettes annexes liée aux multiples activités de l’enceinte (bureaux, espaces commerciaux…)

En Août 2010, le projet prévoyait un coût d’environ 200 millions d’€ TTC, ramené à 243,5 millions d’€ TTC en Octobre 2010 et financé à hauteur de 69 millions d’€ par des subventions publiques (Ville de Nice : 16M€ / Métropole Nice Côte d’Azur : 6M€ / Conseil Général : 20M€ / Conseil Régional : 7M€ / État : 20M€). Prudence cependant concernant ces chiffres car le gouvernement Ayrault, en quête d’économies, a diligenté l’Inspection Générale des Finances pour réaliser un audit sur l’Allianz Riviera, ce qui fit bondir Christian Estrosi : « je suis prêt à envisager par anticipation toutes les actions nécessaires pour que l’État ne revienne pas sur son engagement de subvention à hauteur de 20 millions d’euros ».

Enfin l’exploitation du Stade a été confiée pour 30 ans à la société Nice Eco Stadium (50% Vinci / 25% Caisse des Dépôts et Consignations / 25% SEIEF) dirigée par Xavier Lortat-Jacob et dont le développement commercial et marketing sera assuré par Olivier Yvon.

L’Allianz Riviera, un stade moderne et éco-responsable

 

  • Fiche D’identité

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ALLIANZ RIVIERA – GRAND STADE DE NICE

- Construction : Août 2011 -> Été 2013
- Architecte : Jean-Michel Wilmotte
- Coût : 245 millions d’euros
- Capacité : 35 624 (football) 34 615 (Rugby) 34 834 (concert scène latérale) 44 624 ( concert scène centrale)
- Montage Financier : Partenariat Public-Privé
- Exploitant : Nice Eco Stadium (filiale Vinci)
- Club Résident : OGC Nice
- Surface : pelouse naturelle
- Classement UEFA : Catégorie 3

  • Une architecture responsable

Considérés aujourd’hui comme des « outils de redynamisation urbaine », les stades modernes cherchent à évoluer en lieux de vie bien intégrés dans leur environnement . Force est de constater qu’une réelle réflexion a été menée par les concepteurs de l’écrin niçois pour optimiser son intégration dans le paysage de l’Éco-Vallée. Silhouette arrondie, structure en bois visible grâce à une membrane translucide (empêchant l’éblouissement intérieur), aspect aérien : « L’Allianz Riviera sera le phare de l’Éco-Vallée, son aboutissement, son point de mire légitime », affirme son architecte Jean-Michel Wilmotte.

Un effort particulier a été fait pour intégrer l'Allianz Riviera dans le paysage verdoyant de l'Éco-Vallée©allianz-riviera.fr

Un effort particulier a été fait pour intégrer l’Allianz Riviera dans le paysage verdoyant de l’Éco-Vallée
©allianz-riviera.fr

 

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Vue des coursives, la structure de bois
©allianz-riviera.fr

Dans l’ère du temps, le projet se veut également écologique : outre sa structure tridimensionnelle en bois, permettant une réduction des émissions de CO2, une vaste surface de panneaux photovoltaïques (16 000 m²) sera installé sur le toit. Le stade devrait ainsi produire plus d’énergie qu’il n’en consommera. S’il on ajoute à cela une climatisation naturelle, une récupération des eaux de pluie pour l’arrosage de la pelouse et l’enterrement des parkings, on risque fort de voir apparaître en France un des premiers éco-stades au monde.

  • Un stade multifonctionnel et multi-activités

Évidemment les joueurs de l’OGC Nice ne seront pas les seuls à fouler la pelouse du stade. Dans le but de rentabiliser au maximum l’infrastructure, le stade se veut modulable et multifonctionnel afin d’organiser tous types d’évènements (matchs de foot, rugby, tennis sur gazon, courses automobiles, concerts, spectacles, évènements d’entreprise…).

Les tribunes comporteront 3 niveaux. Le 20 Octobre 2012 les noms des 4 tribunes ont été dévoilées, il s’agit de « Garibaldi, Ségurane, Ray et Populaire Sud ». Voici la capacité des différentes parties du stade :

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Maquette des tribunes
©allianz-riviera.fr

grand public : 30 000 places
présidentielles : 400 places
« affaire & prestige » : +3000 places
coin supporters adverses : 1 760 places
tribune presse : 200 places
aménagements personnes à mobilité réduite : 240 places
loges : 44 (capacité 600 places)

Les tribunes Nord et Sud seront rétractables pour passer à une configuration « Rugby » de 34 615 places. Deux configurations « spectacle » ont été prévues. Si la scène est placée latéralement, la capacité sera de 34 834 spectateurs contre 44 624 si elle est placée au centre (dont 9000 sur la pelouse).

7000 m² d’espaces réceptifs modulables ont également été pensés afin d’organiser aisément des évènements d’entreprise (salons, conférences, séminaires, team building…) répartis sur 44 loges et 16 salons.

Enfin le stade moderne doit devenir une expérience et une destination unique où les spectateurs ne s’y rendent plus uniquement pour assister à un match. Les Allemands viennent par exemple en famille, quelques heures avant le match, et repartent quelquefois plusieurs heures après. La raison réside dans le fait que lors de la rénovation de leur parc de stades pour la Coupe du Monde 2006, l’Allemagne a créé des enceintes multi-activités, des lieux de vie. Commerces, restaurants, loisirs, cinémas, bowlings, tout a été fait pour que le panier moyen du spectateur augmente considérablement.

Bien que l’Allianz Riviera intégrera des espaces de restauration, des commerces, des bureaux, des services ainsi que le Musée National du Sport (sur 3000 m²), nous n’avons pour le moment que peu d’information sur la nature exacte de ces espaces annexes, à part qu’ils seront exploités par Vinci Construction France et Vinci Immobilier.

Plusieurs autres zones d’ombre perdurent. Nous ne savons par exemple pas si le stade sera « connecté », quelle place auront les nouvelles technologies, quel système de sécurité et de gestion des flux sera mis en place, quelle gestion du « catering » sera appliquée…

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L’Allianz Riviera vue de l’intérieur
©allianz-riviera.fr

 

  • Un contrat de « naming » important

Très courante ailleurs notamment aux USA en Angleterre et en Allemagne, rare chez nous, le Grand Stade de Nice est l’une des premières enceintes sportives de France à se doter d’un contrat de « naming » avec le MMArena du Mans. Pratique de parrainage consistant à donner à un stade le nom d’une marque ou d’une société parraineuse, elle permet au propriétaire d’assurer un revenu conséquent, stable et de longue durée.

Avec ses 16 millions d’euros sur 9 ans, Nice fait mieux que le MMArena (13 M€ / 10 ans), le Park&Suites Arena de Montpellier (9M€ / 12 ans) ou encore le Matmut Stadium de Lyon (5M€ / 5 ans) mais demeure néanmoins très loin des 400 millions d’euros sur 20 ans qu’offre la banque Barclays pour le « naming » de l’arène des Brooklyn Nets. Notons que ce n’est pas une première pour l’assureur allemand déjà associé au somptueux stade du Bayern Munich, dans sa ville d’origine.

Cette pratique que certains considèrent « inadaptée à la culture française », soulage pourtant bien la ville de Nice qui voit la facture du remboursement de l’écrin s’alléger considérablement (7 à 8 M€ par an après déduction du « naming » et du loyer payé par l’OGC Nice). Un tour de force pour cette pratique moderne qui a finalement du mal à s’implanter dans notre pays (par exemple à Lille).

-> Nous l’avons vu, malgré ces longues années d’attente, les niçois sont sur le point de voir apparaître un très beau projet. Un stade moderne, adapté, intégré dans son environnement et éco-responsable. Et bien que nous n’ayons pas encore toutes les informations en notre possession, notamment concernant les technologies et la nature des installations annexes, l’Allianz Riviera apparaît déjà très bien armé pour recevoir l’Euro 2016 en France. Reste maintenant à l’exploitant de savoir faire cohabiter le club résident avec les impératifs économiques de rentabilisation de l’infrastructure.

Hugo ROUSSEAU

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Commentaires

  1. Bastien Kovacic a écrit:

    Excellent article, cependant je me permet de relever une petite erreur de votre part. Le Barclays Center est la nouvelle salle des Brooklyn Nets évoluant en NBA et non le nouveau stade des New York Mets, les deux équipes ne pratiquant par ailleurs pas le même sport.
    Comme quoi, une lettre ça change tout !

  2. Salut Bastien, le Barclays Center est bien entendu l’arène des Brooklyn Nets, le stade des New York Jets étant le Metlife Stadium (on parle de ces deux enceintes ici : http://www.stadiumstrategies.com/technologies/stade-2-0-connecte-sportnumericus/). C’est rectifié merci d’avoir signalé l’erreur et bien vu pour ton attention ;)

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